Athènes et Jérusalem

« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus Christ. » Galates (3 :28)

pierre-paul

Saint Pierre et Saint Paul.

Nous avons vu dans un article précédent que Jésus avait un rendez-vous avec les Grecs.

Rendez-vous qui fut annoncé par Son choix d’appeler l’ensemble des élus par le même mot que les Athéniens utilisaient du temps de Périclès pour désigner l’assemblée démocratique des citoyens d’Athènes :

L’ecclésia (l’Église).

 

 

Ces Grecs qui voulurent voir Jésus.

Évangile selon Saint Jean (12 :20)
Rendez vous qui se concrétise quand « Quelques Grecs, du nombre de ceux qui étaient montés (à Jérusalem) pour adorer pendant la fête (la pâque juive), s’adressèrent à Philippe, de Bethsaïda en Galilée, et lui dirent avec instance : Seigneur, nous voudrions voir Jésus.»

Nous avons vu que quand Saint André et Saint Philippe le dirent à Jésus ce dernier leur répondit :
« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. »

 

Il ne s’agit donc pas d’un rendez-vous anodin et Jésus l’explicite par cette parabole :
« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

Le rendez-vous est décrit comme l’enfouissement dans la terre du grain de blé qu’il féconde en mourant.
La Passion est la consécration mystique du mariage de la pensée grecque avec la théologie juive. Un mariage qui aura nombre d’ennemies acharnés contre lui à commencer par le grand sacrificateur qui, en voulant l’éradiquer par la croix assurera la Gloire de l’Homme. Déjà dans la passion s’affrontent les deux systèmes de pensée.  Le grand sacrificateur, dans une approche très juive de l’action politique, amène Ponce Pilate à commettre le péché en lieu et place du Sanhédrin. Jésus, dans une posture finalement très socratique subit une mort physique qui édifie le monde entier et fait triompher son message au grand dam des successeurs du grand sacrificateur.

La guerre métaphysique entre Juifs et Grecs

Ce sacrifice sera le premier d’une longue guerre métaphysique de Jérusalem contre Athènes qui anime encore aujourd’hui la pensée juive comme nous l’illustre le faux-philosophe Bernard Henry Lévy dans cette conférence justement intitulée «La guerre métaphysique entre Juifs et Grecs


Évidemment, contrairement à ce que prétends Bernard Henry Lévy, cette guerre n’est pas une guerre interne au christianisme mais avant tout un rejet du greffon grec sur la racine juive. Ce ne sont pas les Chrétiens qui ont inventé le blasphème selon lequel Jésus serait le fils d’un légionnaire romain nommé Panthera mais bien les Juifs comme le rapporte Origène :
 » La mère de Jésus a été chassée par le charpentier qui l’avait demandée en mariage, pour avoir été convaincue d’adultère et être devenue enceinte des œuvres d’un soldat romain nommé « Panthera ». Séparée de son époux, elle donna naissance à Jésus, un bâtard. La famille étant pauvre, Jésus fut envoyé chercher du travail en Égypte ; et lorsqu’il y fut, il y acquit certains pouvoirs magiques que les Égyptiens se vantaient de posséder » Contra Celsum (I 32 5).

Ce qui est certain c’est que le Talmud considère Jésus comme un séducteur ayant trompé Israël : « La tradition rapporte : la veille de la Pâque, on a pendu Jésus. Un héraut marcha devant lui durant quarante jours disant : il sera lapidé parce qu’il a pratiqué la magie et trompé et égaré Israël. Que ceux qui connaissent le moyen de le défendre viennent et témoignent en sa faveur. Mais on ne trouva personne qui témoignât en sa faveur et donc on le pendit la veille de la Pâque. Ulla dit : Croyez-vous que Jésus de Nazareth était de ceux dont on recherche ce qui peut leur être à décharge ? C’était un séducteur ! et la Torah dit : tu ne l’épargneras pas et tu ne l’excuseras pas. » Sanhédrin ( 43a)

L’histoire du légionnaire Panthera est romancée dans le Sefer Toledot Yeshou (Livre des engendrements de Jésus), une parodie juive des évangiles rédigé en araméen entre le II et le IVe millénaire.

La question gréco-juive transparait aussi dans les évangiles.
« Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout et en tous. » Colossiens (3 :11)

Dieu ne fait pas acception de personne nous disent par quatre fois les évangiles.

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L’empereur Justinien

L’olivier franc et l’olivier sauvage.

Avec la parabole des deux oliviers Saint Jean explique dans l’épitre aux Romains (11:14 et +) que cette greffe  a « excité la jalousie de ceux de ma race (il est Juif) afin d’en sauver quelque uns. »
« Mais si quelques-unes des branches (juives) ont été retranchées, et si toi (Grec), qui était un olivier sauvage, tu as été greffé à leur place, et rendu participant de la racine (juive) et de la graisse de l’olivier, ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu te glorifies, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte.  Tu diras donc : Les branches ont été retranchées, afin que moi je fusse greffé. Cela est vrai ; elles ont été retranchées pour cause d’incrédulité, et toi, tu subsistes par la foi. Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains ; car si Dieu n’a pas épargné les branches naturelles, il ne t’épargnera pas non plus. »

On constate donc que les évangéliste ne travaillent pas seulement à briser la barrière entre Juifs et Grecs, mais aussi à désamorcer un éventuel antisémitisme chez les chrétiens, y compris vis à vis des Juifs les plus virulents contre le Christ : « Eux de même, s’ils ne persistent pas dans l’incrédulité, ils seront greffé ; car Dieu a la puissance pour les greffer de nouveau. »
La guerre n’est donc pas symétrique.
Quelle est donc la motivation de cette jalousie qui s’est muée en une guerre des Juifs contre les Grecs que Bernard Henry Lévy continue de mener avec autant de férocité?
Lisons ce que peut en dire le Rabin Tzvi Freeman de Toronto, au Canada.
Tzvi Freeman explique que dès le départ Grecs et Juifs ne pouvaient s’entendre car pour lui les deux caractéristiques de l’esprit grec sont de vénérer l’intellect et de négliger la spiritualité. C’est méconnaitre toute la métaphysique et la Spiritualité grecque.
Il en conclu que l’esprit grec est une science sans conscience et la fait déboucher sur… les chambres à gaz ! Socrate – Hitler, même combat ?

On notera au passage l’amalgame absurde qui place le Colisée à Athènes alors que les Grecs ont toujours méprisé les jeux du cirque auxquels ils préféraient les jeux olympiques (et delphiques) et au théâtre.

Le christianisme est au contraire le prolongement de l’esprit grec parfaitement complété par la conscience divine. Le sacrifice de Jésus est un pari de Dieu, un pari sur la capacité de l’esprit grec de faire germer la graine qui meurs pour produire de nombreux fruits.

Philanthropie contre élection.

Le rejet n’est donc pas du coté grec. Comme le dit Saint Jean, il réside dans la « jalousie de ceux de ma race ». Que jalousent-ils ?  Simple : les Grecs ont ruiné le concept « peuple élu » qui faisait l’orgueil des Juifs. Comment accepter que Dieu puisse choisir d’élever cette race impie de Grecs pour ses seul mérites propres au détriment du peuple élu avec lequel il a passé Son alliance? Ces Grecs qui pensent que tout homme quelle que soit sa race peut s’élever par la connaissance et non pas la grâce Divine!

La ruine philosophique du Temple.

Darius et Alexandre

Selon l’historien Flavius Josèphe, quand  Alexandre le Grand arrive devant Jérusalem,  le Grand Prêtre du Temple, sort plein de crainte pour aller à sa rencontre avant qu’il n’atteigne la ville. Alexandre serait alors descendu de son cheval pour s’incliner devant le Grand Prêtre. Son général Parmerio se serait étonné de ce geste surprenant et Alexandre aurait dit : « Je ne me suis pas incliné devant lui, mais devant Dieu qui l’a honoré de la haute prêtrise ; car cette même personne m’est apparue en rêve dans cette tenue. »

La légende embelli les faits politiques : Alexandre a épargné donc Jérusalem, annexant pacifiquement Israël à son empire ce que les Juifs ont vécu comme une libération des Perses. En tribu, les Sages Juifs instaurent une fête le 25 Tevet pour célébrer cette rencontre, et décrètent que les premiers nés de cette période seraient nommés Alexandre.
Les fiançailles entre l’esprit grecs et l’esprit juif semblait bien parties : Les Juifs sont séduits par leurs pacifiques conquérants.

Les Grecs apportent d’occident une culture nouvelle et impressionnante. Les Juifs découvrent le foisonnement intellectuel des scientifiques et des philosophes. Socrate, Platon et Aristote leur montrent un amour de la sagesse, de la science, de l’art et de l’architecture qui les distingue de toutes les autres cultures auxquelles les juifs avaient eu à faire. La langue grecque était si belle que le Talmud l’appelle, en certains endroits, la plus belle des langues et les Sages décrétèrent qu’un séfer Torah pouvait même être écrit en grec.

Thucidide, Aristophane et Platon

Thucydide, Aristophane et Platon

Mais ce qui menace de ruine intellectuelle la pensée juive, c’est avant tout le concept d’universalisme humaniste et sa mise en pratique dans l’empire : Comme dans le reste de l’empire d’Alexandre, la haute société juive s’hellénise.

Jusque là leur vision du monde était un océan de goyim (non-Juifs) autour d’un un ilot d’Hébreux élus par Dieu.

Pour les Grecs le monde est un océan de barbares au cœur duquel il y a un ilot de civilisés, les Hellènes.

Là s’arrête la comparaison :
Pour un Grec la barrière n’est pas divine : tout barbare peut s’helléniser.  Il lui suffit de s’instruire et d’apprendre à raisonner. Plus encore, l’esprit grec préfigure le commandement du Christ « aime jusqu’à ton ennemi. » dès les origines de la culture hellène, dès la toute première oeuvre, l’Iliade.

Car l’incroyable et l’inconcevable nouveauté de l’Iliade par rapport a toutes les autres épopées guerrières c’est qu’Homère n’y fait pas l’apologie des Grecs ni ne caricature Troie. Bien au contraire. Le chef des Grecs, Agamemnon y est décrit comme un roi autoritaire, malveillant, égoïste et presque lâche. A l’inverse, quand il s’agit de prendre l’auditeur par les sentiments et de lui faire ressentir toute la détresse de l’homme qui quitte sa femme et son petit enfant pour remplir son devoir envers la cité et périr, c’est sur les murailles de Troie qu’il nous fait assister aux adieux d’Héctor à Andromaque, revêtant le héros troyen d’une humanité plus grande et plus touchante qu’il n’en dépeint pour aucun des Grecs.

Juifs hellénisés contre Macchabées

En Palestine hellénistique, un conflit se crée au sein des Hébreux entre hellénisés et «conservateurs » qui deviendra une guerre ouverte quand les Juifs hellénisées d’Antioche promulgueront l’abolition des Mitsvot, les innombrables commandements qui leur apparaissaient comme irrationnels et par lesquels les rabbins régulaient tous les aspects de la vie des juifs.

Le prêtre de Mattathias (Matitiahou) et ses cinq fils mènera alors la rébellion dite des Macchabées. Les Juifs hellénisés demanderont au roi grec Antioche IV Epiphane d’intervenir pour faire appliquer l’abolition de force, mais les troupes grecques seront battues par les rebelles au bout de trois ans de guerre.
C’est cette victoire que les Juifs fêtent lors d’Hanoukka.

La Parousie comme solution

Cette bataille fut la première d’une guerre que entre judaïsme et l’hellénisme dans laquelle la paix est venue de Jésus.
La première parousie du Christ a permit que l’esprit grec accepte la conscience mystique juive.

L’ensemble du monde hellénisé (devenu empire romain) adopte progressivement cette nouvelle matrice intellectuelle judéo-hellenique : Science et conscience. Elle donne lieu à la réforme de l’empire par les byzantins qui instaurent pour la première fois la bicéphalie de l’État, une sorte de transposition politique de la conscience préfigurant la séparation des pouvoirs.

Aristote

Aristote

Mais Jésus a aussi un programme pour les Juifs. Il nous a promis que Sa seconde Parousie les amènerait les à renoncer à leur élection (Jésus parle d’abaissement)  pour accepter l’universalisme philanthropique grec.
« Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous regardiez point comme sages, c’est qu’une partie d’Israël est tombée dans l’endurcissement, jusqu’à ce que la totalité des païens soit entrée.

Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : Le libérateur viendra de Sion, Et il détournera de Jacob les impiétés ; et ce sera mon alliance avec eux, lorsque j’ôterai leurs péchés. » Romains (11 :25)

 

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Une réflexion sur “Athènes et Jérusalem

  1. nice.

    ça se fait rare de nos jours les cours d’histoire. le contraste avec un
    BHL à moitié à poil qui philosophe en agitant les bras est saisissant.

    en attendant les prochains billets.

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