Le monde qui vient, 3ème partie.

Dans les deux premières parties de cet article j’ai exposé comment les magnats du productivisme ont pris conscience, vers 1970, de la finitude du modèle qui leur a permis d’accumuler des richesses et un pouvoir inouïs dans l’Histoire. J’ai également montré quelles est l’orientation que ces magnats tentent de donner a nos sociétés à l’occasion de la crise de ressources qu’ils anticipent en faisant émerger les leaders d’opinions qui les servent grâce à leur réseau de formation (type Young Leaders) et leurs relais de pouvoir (Bilderberg, Trilatérale etc.)

J’ai évoqué comment ces évolutions sont induites par toute une gamme de moyens scientifiques élaborés qui sont déployés simultanément de façon cynique et redoutable moyens faisant appel à la stratégie du choc en conjonction avec les crises terroriste, économique, monétaire, environnementale, démographique, culturelle, médicale, sécuritaire et militaire. Des crises simultanées ou successives dont la survenue l’avancement d’un agenda politique liberticide qui n’aurait jamais été accepté par les opinions en d’autres circonstances. Des crises qui ne sont pas le simple fait du hasard, mais qui sont amplifiées tant dans leur réalité que dans leur apparence médiatique par des moyens qui vont du contrôle de la liberté de la presse aux armes climatiques en passant par la manipulation psychologique des masses et le storytelling politique. Dans cette partie, je vais m’attacher à montrer comment ces crises -du moins pour celles qui touchent aux domaines économique et énergétique- ne sont pas la conséquence de la pénurie des ressources mais l’anticipation par les profiteurs du système de la baisse de la rentabilité du secteur industriel. Cette anticipation de la baisse de leurs profits les ayant amené à dépecer l’industrie au lieu de la réformer, notamment en faisant sauter toutes la régulation qui aurait pu modérer les premiers effets de la crise. Puis je montrerait comment le but politique de la stratégie du choc, c’est-à-dire l’établissement d’un nouvel ordre mondial global, est un objectif intrinsèquement vicié, en dépit de son apparente puissance, et qu’il porte en lui les germes de son échec et de sa destruction. La guerre au sommet. La première erreur que font la plupart des analystes consiste à considérer l’oligarchie comme un bloc unique et cohérent. En réalité, cette vision est assez éloignée du fonctionnement des couches supérieures de décision. Non seulement les « cercles » d’influence sont multiples mais encore ce ne sont que des cercles d’influence. Le pouvoir -même sous influence- continue de s’exercer dans de multiples institutions supranationales ou gouvernementales qui sont souvent concurrent, même quand elles subissent des influences semblables. C’est pourquoi nous assistons actuellement à une véritable guerre monétaire.

Pour expliquer les tenants et les aboutissants de cette guerre monétaire je dois faire un petit rappel historique. J’ai exposé dans un article récent que deux systèmes monétaires se sont confrontés au XIXe et XXe siècles : L’étalon or, hérité du Franc Germinal qui, avec l’Union Latine s’était imposé comme le système de monnaie de référence des échanges internationaux de la révolution industrielle et qui n’a été abandonné officiellement qu’en 1976 par la banque des règlements internationaux située à Bâle. Un autre système l’a concurrencé à la faveur des manœuvres des magnats Anglo-Saxons et à la faveur de crises financières survenues à partir de 1917 (Panique des banquiers) qui a aboutit à la mise sur pieds de la Federal Reserve, de la privatisation du droit régalien de battre monnaie aux USA (à l’exemple de la Bank Of England) , à l’abandon de la parité or par Nixon en 1973, puis à l’imposition du pétrodollar au monde entier. Le système du pétrodollar, pour simplifier, est l’héritage du pic pétrolier américain. Les USA ont été les premiers à exploiter leurs gisement de pétrole ver la fin du XIXe siècle. Leur production a connu une croissance continue jusqu’en 1970. Mais comme le géologue Hubbert l’avait prédit, la production intérieure de pétrole s’est mise à plafonner puis à décroitre à partir de 1970, obligeant les USA à importer de plus en plus d’or noir pour soutenir leur croissance économique. Cette dépendance aurait vite fait de transférer tout l’or accumulé lors des guerres mondiales par les USA aux pays producteurs de pétrole – et plus précisément à l’Arabie Saoudite et se voisins. Les USA ont donc supprimé la parité Or-Dollar tout (1971) en imposant que les échanges de pétrole se fassent partout avec ce dollar qui n’était plus adossé à rien sinon à la valeur qu’on veux bien lui accorder. A la même époque, le FMI et la Banque des règlements Internationaux, abandonnaient aussi l’étalon or mais pas au bénéfice unique du dollar US : Ils mettaient en place un « panier de devises » servant de support aux échanges monétaires internationaux : les Droits de Tirage Spéciaux (DTS ou special Drawing Rights : SDR) que d’aucuns voient comme l’embryon de la future monnaie unique mondiale. Aujourd’hui un DTS vaux 0,423 € + 12,1 Yen + 0,111 £ + 0,66 $ mais ce « mélange » n’est pas constant. La part de chaque devise est réévaluée tous les 5 ans. Le processus de création de la monnaie mondiale est donc similaire à celui qui a précédé l’Euro : un panier de devises dont la part varie en fonction du marché jusqu’au jour où la devise est émise. La guerre monétaire globale On comprends tout de suite les enjeux autour de ce système : D’abord il faut remarquer que le panier recoupe le système embryonnaire de gouvernance mondiale. On y retrouve les trois zones géographiques de la commission trilatérale (Amérique, Europe, Japon) à quoi s’ajoute le Royaume Uni qui n’a pas rejoint l’Euro. Les autres pays, Chine, Inde Russie, sont purement et simplement ignorés. Une situation difficilement acceptable par eux. Dans cette « seconde division », les puissances moyennes se préparent elles aussi à l’avènement de la monnaie Unique, que le président russe Medvedev a présenté de façon symbolique au sommet du G20 de 2008. Les BRICS (Bresil, Russia, India, China, South Africa) se sont coordonnés pour présenter un front uni, faisant du Yuan la monnaie d’échange entre certain d’entre eux. Les pays du golfe persique tentent depuis cinq ans d’adopter une monnaie commune (sans succès pour l’instant) et tentent de négocier une part croissante du marché pétrolier en Euros.

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On comprend que pour les USA, le passage à une monnaie mondiale revient à perdre un avantage considérable par rapport à la situation actuelle où le dollar seul domine la plupart des règlements internationaux. Les USA auraient tout intérêt à perpétuer le système actuel qui leur permet de faire marcher à l’infini la planche à billets (numérique) et dont à faire financer leur train de vie sur le dos du monde entier. Or nous arrivons à un moment historique où les USA ne peuvent plus tirer sur la corde. Les pays pétroliers cherchent désespérément à sortir du pétrodollar, la Chine ne veux plus acheter de bons du trésor US, le dollar prend la route de l’hyper inflation. Mais comme on l’a vu les DTS ne sont pas non plus indexés à l’or. Seule compte la valeur relative des devises entre elles. Il existe donc une compétition entre $, £, € et Yen. Une compétition qui s’est manifestement transformée en guerre si on considère que les agences de notation anglo-saxonnes et les journaux financiers américains ont mené contre l’Euro une véritable campagne de guerre des nerfs (« vous allez perdre des A »), d’attaques concertées (sur les PIGS), de fausses rumeurs (notamment sur BNP) qui font que l’Euro se déprécie aussi vite que le $ et la £. Je ne parlerais pas du Yen qui a été mis hors de combat par de cruels événements d’une autre nature dont la concomitance avec cette guerre monétaires constitue, cyniquement, une bouffée d’oxygène inespérée pour le $. Bref, dans la guerre monétaire actuelle, une série de circonstances inattendues font que le dollar et la Livre Sterling survivent à une crise qui a pris naissance dans leurs économies respectives et qui auraient dût signifier la fin de leur suprématie sur le marché financier mondial. Dès lors on comprend que la crise « de la Grèce » ou « de l’Euro » ne sont que des batailles isolées d’une guerre plus globale entre les trois principaux moteurs économiques (Japonais, Allemand, Anglo-Saxon) pour la prévalence dans le futur système monétaires globalisé. Une guerre où l’UE, en dépit de ses avantages sur le papier est arrivé au bord de l’implosion du fait de l’exploitation de ses contradictions internes par le monde anglo-saxon et aussi par l’incapacité politique qui caractérise les dirigeants spin-doctorisé par des intérêts atlantistes et en particulier Nicolas Sarkozy sans qui la crise aurait été jugulée lors du sommet de Deauville en 2010. La guerre énergétique globale En dehors de l’affrontement pour la suprématie monétaires, l’autre grand théâtre du « grand jeu » et celui de l’approvisionnement en hydrocarbures. L’UE encore une fois avait l’avantage de la proximité avec les principales réserves connues restantes, c’est à dire la Russie pour le gaz et la Caspienne pour le gaz et le pétrole. Un rapide examen de la carte montrent que le positionnement militaire des USA lui permet de limiter l’accès aux ressources de la Caspienne à la Chine et à l’Inde tandis que les révolution oranges lui offre la possibilité d’influer dans l’approvisionnement de l’UE via la Russie. Cependant, l’accès direct à la Caspienne des USA bute sur l’Iran par où devrait transiter tout oléoduc/gazoduc desservant le golfe persique. Un conflit dans la zone paraît inéluctable si l’armée US en a les moyens et elle les a. Cependant il serait trompeur de se focaliser sur ce point du globe. Comme nous l’avons vu, les USA ont atteint leur pic pétrolier vers 1970. Depuis, en dépit d’années d’exploration, ils n’ont effectué aucune découverte majeure de pétrole sur leur territoire. Les dernières réserves conséquentes déclarées par les USA remontent justement à 1970 avec L’Alaska North Slope. Un manque de chance inexplicable qui contredit toutes les lois statistique et toutes les connaissances géologiques. Les découvertes de gisement depuis 1970 ont toute été décrites comme secondaires et limitées. Pourtant, les USA ont mis en place entre le territoires de l’ouest et l’Alaska un pipeline étrangement surdimensionné par rapport aux réserves annoncées.

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