UE : De la corruption à la dette

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L’autoroute aegnatia, un projet pharaonique.

Beaucoup d’idées reçues circulent sur les origines de la dette grecque, accusant pèle mêle un atavisme national poussant les Grecs à jouer les cigales et à faire la sieste, stigmatisant une fraude fiscale allant du pêcheur de poulpes au milliardaire armateur possédant une flotte de supertankers.

D’autres cherchent des poux à l’église grecque, exemptée de taxe foncière et présentée comme « le plus gros propriétaire foncier du pays », oubliant un peu que la conservation des nombreuses églises du pays n’est pas à la charge de l’état contrairement à ce qui se passe en France.

Toutes ces images d’Epinal ont sans doute un fond de vérité mais elles ne suffisent pas du tout pour expliquer la dette publique abyssale de la Grèce.

Par contre elles servent d’utile cache-sexe à une vérité bien plus gênante : la corruption généralisée qui gangrène les relation économiques au sein de l’UE et qui est le principal générateur de ce que les juristes appellent la Dette Odieuse, c’est-à-dire une dette contractée contre l’intérêt des citoyens, non solvable et par le moyen de la corruption.

Voici donc quelques points étapes qui ont massivement contribué à enfoncer la Grèce dans la dette :

Arrière plan historique

-1967-1974 La dette a quadruplé pendant la dictature des colonels. C’est open-bar pour les vendeurs d’armes américains qui fourguent tout une flotte de chasseurs F104G Starfighter, F102 Convair, F4 Fantom et F5 Freedom Fighter. Il faut bien payer son dû à Oncle Sam qui a mis la Junte au pouvoir.

Dès la chute du régime, on change de fournisseurs : Pour entrer dans la CEE la Grèce fait les yeux doux aux vendeurs de canon européens : Dassault (chasseurs Mirage) et à Krupps (Chars Leopard)

La grande bouffe européenne du XXIe siècle

(les dates sont celles des contrats, pas des mises en examen)

  • 1999-2000 La firme américaine Raytheon vend son système antimissiles Patriot. 10 millions d’euros en pots de vin via des cadres de Siemens selon le témoignage de Reinhard Siekaczek.

  • 2000-2002 Le constructeur automobile allemand MAN est mis en examen par le parquet de Munich pour avoir soudoyé les autorités dans plusieurs pays pour obtenir des contrats parmi lesquels celui de fourniture de véhicules à Athènes et au Pirée (une centaine de Trolleys bus, des véhicules militaires…).
  • 2004 : Gabegie Olympique.

Le budget initial prévu 1,3 milliard de dollars.

Coût réel estimé 14,2 milliards de dollars.

Cout réel incluant les pots de vins : plus de 20 milliards de dollars.

Pourtant un seul cas de corruption fait l’objet de poursuites en Grèce comme en Allemagne : celui du Groupe Siemens qui a fourni le système de sécurité c4i (Command, Control, Communications, Computers, and Intelligence) qui n’a jamais fonctionné (10 millions € de pots de vins).

http://www.scribd.com/doc/14433472/…

Siemens décroche aussi en 2004 la digitalisation des centres téléphoniques de la compagnie nationale de télécoms OTE (100 millions d’euros en pots de vin)

Siemens arrosait le personnel politique des deux bords, les hauts gradés et la haute administration grecque pour décrocher des contrats mirifiques . Les pots de vins dépasseraient le milliard d’euros.

L’ Allemagne a refusé d’extrader l’ex-patron du groupe Siemens-Hellas en Grèce.

La construction du métro d’Athènes a donné lieu aussi à 50 million € de pots de vins, dont le bénéficiaire était la compagnie allemande Ferrostall.

  • 2007 Scandale des sous-marins allemands U-214 de HDW (Howaldtswerke-Deutsche Werft) d’une valeur globale de 5 milliards d’euros (120 millions de pots de vins) qui plus est défectueux (gitent énormément à gauche et équipement électronique HS).


http://www.defenseindustrydaily.com…

Autres scandales en vrac :

Pots de vins dans la vente de matériel aux chemins de fer grecs (SEK),

Pots de vins lors de l’acquisition du système de télécommunications Hermès par l’armée grecque (Siemens, EADS)

Trop !

Trop de fric, trop de projets, trop de dettes.

Les grosses puissances européennes sont allé « chercher la croissance avec les dents » et elles l’ont trouvée chez les Grecs en achetant la complaisance de la classe dirigeante.

Comment pouvait-on ignorer que l’économie de la Grèce ne pouvait pas supporter tous ces investissements titanesques et tous les autres dont je ne parle pas, l’aéroport Vénizélos, l’autoroute Attiki… tous deux concessions allemandes ?

Et ces scandales ne vous en rappellent-ils pas d’autres ?

Celui des frégates vendues à Taiwan ?
Celui des sous-marins de l’affaire Karatchi ?

Ce n’est pas une coïncidence. La corruption fait partie du système et le finance.

L’UE, si prompte à donner des leçons de démocratie aux antipodes ne parle jamais de la corruption qui gangrène les échanges entre pays membres et les grand marchés publics. La corruption des élites des pays clients par les gros industriels des pays industriels, le tout au détriment des contribuables est la face cachée du « libre échange » européen.

C’est le système des assasins économiques décrit par John Perkins.

Personne en Europe ne lutte contre. Les affaires sont étouffées. C’est l’omerta.

Le véritable crime des Grecs est d’avoir violé cette loi du silence sur les pratiques corruptrices du principal groupe industriel allemand : Siemens.

On comprends mieux le ressentiment du ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble à l’égard de la Grèce et sa volonté de lui faire subir un sort particulier, comme l’a révélé un échange entre lui et son homologue portugais Vitor Gaspar ; échange enregistré à leur insu lors d’un sommet européen.

Rion-AntirionBridge-ef076On y entend les deux hommes deviser sur la possibilité pour l’Allemagne d’accepter que le programme d’austérité Portugais soit « ajusté » c’est-à-dire assoupli.

Wolfgang Schäuble : Si, en fin de compte, nous devions faire des ajustement au programme, ce serait une fois passées les décisions décisives pour la Grèce… ce qui est essentiel… mais ensuite, si c’est nécessaire, un ajustement du programme portugais serait préparé.

Vitor Gaspar : Merci beaucoup.

Wolfgang Schäuble : De rien. C’est parce qu’en Allemagne, les parlementaires et l’opinion ne prennent pas nos décisions au sérieux, ne croient pas dans nos décision à propos de la Grèce.

Vitor Gaspar : Nous avons fait de progrès substantiels dans le contexte Européen.

Wolfgang Schäuble : Oui, vous avez fait des progrès.

Vitor Gaspar : Oui, nous en avons fait. Et maintenant il nous faut travailler…

Aujourd’hui la troïka oblige les Grecs à se serrer la ceinture pour que « l’aide » octroyée à la Grèce aille principalement renflouer les affairistes qui ont financé ce système corrompu et insolvable.

Une façon bien immorale d’absoudre le crime.

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