La Porsche Cayenne des Grecs : Histoire d’une calomnie.

Haro sur le peuple : fainéant et tricheur, c’est à cause de lui que les états seraient pauvres. Et que les banquiers seraient riches… Du bon usage de la calomnie dans la propagande.

Le labourage vu de Bruxelles

Le labourage vu de Bruxelles

« Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose ! » disait, parait-il Beaumarchais. Cette maxime connaît un succès incontesté depuis. La crise de l’Eurozone en a donné un exemple édifiant dans lequel ce ne sont plus l’honneur et la probité d’un individu qui se trouve souillés à dessein mais celui de peuples entiers. Que n’a-t-on entendu dire sur les Grecs ?

Fainéants, champions du monde de l’évasion fiscale, tricheurs, corrompus.

Comme une bonne campagne de dénigrement ne marche bien qu’avec des illustration marquantes, il y a eu l’histoire largement médiatisée de Porsche Cayenne.

Ne me dites pas que vous ne savez pas de quoi je parle, c’est passé dans tous les médias du monde !

Du Figaro à l’express, du New York Times au Washington Post, le même article traduit dans toutes les langues du monde nous apprenait que la ville du monde qui tenait le record de concentration de Porsche Cayenne ® n’était ni Londres ni New York, mais Larisa, une modeste petite ville agricole de Thessalie, en Grèce centrale.

La réponse à la question : Où est passé le fric de la dette souveraine ?  était donc toute trouvée : Elle est passée à offrir des Porsche Cayenne à des péquenauds qui s’enrichissent en faisant la sieste sous les oliviers. La bonne blague a permis de remplir les colonnes des journaux d’articles du type « la crise pour les nuls » gavées d’informations aussi caricaturales qu’infondées.

Une campagne médiatique de taille planétaire. Google compte 17 millions de références à cette « info ».

Une campagne qui a offert l’avantage de permettre à la presse mainstream de faire l’économie d’articles de fond expliquant les réelles raisons de la crise de la dette souveraine. Articles qu’on ne verrait nulle part si des sites comme Agoravox n’existaient pas.

Car en fait cette histoire de Porsche Cayenne n’est rien de plus qu’une calomnie. Une grosse et sale calomnie bien crade que les journalistes ont consciencieusement traduite, retranscrite et colportée en lui donnant tout le verni de la presse officielle.

Il aurait pourtant été facile de recouper les faits. Larisa, ce n’est pas au fin fond de l’Amazonie.

Mais pourquoi recouper cette info puisqu’elle émane d’un conseiller économique du premier ministre Grec , Héraclès Polémarchakis, professeur d’économie à l’université de Warwick en Grande Bretagne. C’est dans le bulletin de cette université que Polémarchakis a publié cette « information » reprise depuis par les journalistes du monde entier. Les élites économiques ne mentent jamais. Inutile de recouper leurs dires.

Cette affaire a pour avantage de montrer clairement où se situe la ligne de front :

Les peuples d’un coté, les technocrates de l’autre.

Porscherie à Larisa

D’un coté les paysans de Larissa, qui produisent des richesses réelles, de l’autre des financiers qui ont mis en place l’économie conspiratrice qui permet aux banques de faire des profits titanesques sur le dos de l’économie réelle.

Les médias se sont ils jamais intéressés aux voitures de luxe de ceux qui s’engraissent du système ?

Non.

Mais qu’un membre de cette technocratie calomnie les paysans de Larisa et voilà que la meute des journalistes se lâche sans retenue contre ces salauds de pauvres.

Quelle déchéance que cette profession qui, pour garder sa part au soleil, calomnie les peuples, traine sa déontologie dans la fange !

Quelle honte pour ces prétendus démocrates de se comporter comme des arrivistes sans scrupules et d’accepter d’être les infâmes corbeaux d’une élite sans scrupules en calomniant le peuple pour mieux dissimuler la turpitude des puissants.

Quel flot de mépris n’a-ton pas lu ou entendu sous vos plumes. Que le peuple grec refuserait de travailler et s’accroche à la sieste au lieu d’adopter les horaires occidentaux.

Lequel d’entre vous a-t-il pris la peine de vérifier les chiffres de l’OCDE qui montrent que le travailleur grec fait plus d’heures que son collègue allemand ?

Combien d’entre vous sont-ils allé constater que la réalité de la vie de nombreux Grec c’est de cumuler deux emplois pour s’en sortir, la sieste ne servant qu’à récupérer un peu avant d’entamer le second travail qui dure jusqu’à une heure ou deux du matin ?

Sans doute est-ce plus facile de faire du journalisme assis dans un bureau à Paris ou Londres en se contentant de reprendre les propos de l’élite.

Maintenant que la Grèce a été mise en coupe réglée, France Inter, sans doute dans un dernier soubresaut de dignité, s’est fendue d’un petit erratum : tout compte fait, non, il n’y a pas autant de Porsche Cayenne à Larisa qu’on disait. Désolé, les Grecs. Sans rancune.

Mais par contre on tient un scoop du tonnerre : Les Français sont champions du monde de la fraude aux congés maladie.

Voilà qui explique la dette de la France !

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